Qu'est-ce que Fauvisme ?

Le fauvisme est le premier grand mouvement d'avant-garde du XXe siècle. Apparu en France en 1905, il est aussi l'un des plus brefs : né à l'automne du Salon d'Automne de Paris, il s'éteint pratiquement en 1908, avant même d'avoir atteint la décennie. Mais en ces quelques années explosives, il a posé un principe qui allait transformer l'art moderne pour toujours : la couleur peut être utilisée librement, sans référence à la couleur réelle des objets, pour exprimer une émotion, une joie, une sensation — la couleur est libre.

La naissance d'un scandale

En octobre 1905, au Salon d'Automne de Paris — exposition annuelle créée en 1903 pour offrir une alternative plus ouverte au Salon officiel — une salle entière est consacrée à un groupe de jeunes peintres dont les toiles flamboyantes scandalise le public et la critique. Henri Matisse, André Derain, Maurice de Vlaminck, Albert Marquet, Raoul Dufy, Georges Braque (à ses débuts) y présentent des paysages et des portraits d'une couleur d'une violence et d'une liberté sans précédent : des arbres rouges, des routes mauves, des visages verts et oranges, des ciels jaune acide. Au milieu de cette salle trône une sculpture de style Renaissance, ce qui amène le critique Louis Vauxcelles à écrire dans Gil Blas : « Donatello au milieu des fauves ! » Le terme reste, et le fauvisme est né — de la même façon fortuite et péjorative que l'impressionnisme trente ans plus tôt.

Les origines : Collioure, 1905

L'été qui précède le Salon est décisif. Henri Matisse (1869–1954) et André Derain (1880–1954) passent plusieurs semaines ensemble à Collioure, petit port catalan au pied des Pyrénées méditerranéennes. Dans la lumière intense et colorée du Midi, ils travaillent côte à côte et se poussent mutuellement vers une libération toujours plus grande de la couleur. Leurs toiles de Collioure — des ports, des paysages, des figures — sont les premières œuvres pleinement fauves : la couleur n'imite plus la nature, elle la transfigure. Un arbre peut être rouge s'il faut l'intensité du rouge pour exprimer la chaleur et la lumière de l'été. Un visage peut être vert si la complémentarité du vert renforce l'orange du reste de la composition.

Cette liberté n'est pas arbitraire : elle est le résultat d'une réflexion sur les leçons de Cézanne (la construction par la couleur), de Van Gogh (la couleur comme émotion), de Gauguin (les aplats de couleur pure sans perspective) et du néo-impressionnisme de Seurat (la couleur pure non mélangée). Le fauvisme synthétise ces héritages en les libérant de toute contrainte théorique.

Les caractéristiques stylistiques

La peinture fauve se reconnaît à plusieurs traits immédiatement identifiables. Les couleurs pures et intenses, posées directement sur la toile sans mélange ou presque — rouges, oranges, bleus, verts d'une intensité maximale — créent des harmonies et des dissonances qui frappent directement les sens. La liberté de la touche : les coups de pinceau sont larges, énergiques, sans souci de fondu ou de transition — la matière picturale est visible et affirmée. L'abandon de la perspective traditionnelle : l'espace est souvent aplati, les plans ne se superposent plus selon la logique de la profondeur renaissante mais s'organisent en surfaces colorées juxtaposées. Le dessin est simplifié jusqu'à l'arabesque — une ligne souple et expressive qui définit les formes sans les enfermer.

Henri Matisse, chef de file

Henri Matisse (1869–1954) est le chef de file incontesté du fauvisme et son représentant le plus accompli. La Femme au chapeau (1905, San Francisco Museum of Modern Art), portrait de son épouse présenté au Salon d'Automne de 1905, est l'une des œuvres fondatrices du mouvement : le visage d'Amélie Matisse y est peint avec une liberté chromatique qui choque — des verts, des oranges, des mauves qui n'ont aucun rapport avec la couleur naturelle d'un visage humain. La Joie de vivre (1905–1906, Barnes Foundation, Merion) est la composition la plus ambitieuse du fauvisme, une scène arcadienne de figures nues dans un paysage idyllique qui célèbre la plénitude sensuelle avec une liberté formelle et colorée sans précédent.

André Derain (1880–1954) est l'autre figure centrale du mouvement, dont ses vues du port de Collioure et de la Tamise — commandées par le marchand Ambroise Vollard qui envoie Derain à Londres en 1905–1906 — comptent parmi les œuvres les plus saisissantes et les plus colorées du fauvisme.

Maurice de Vlaminck (1876–1958), qui n'a reçu aucune formation académique et s'en glorifie, pousse la violence coloristique à son extrême dans des paysages aux rouges et aux bleus qui semblent incandescents.

Une brièveté féconde

Le fauvisme se dissout presque aussi vite qu'il est né. Dès 1907–1908, les principaux protagonistes évoluent vers d'autres directions : Braque et Picasso inventent le cubisme, Matisse approfondit sa recherche de l'harmonie et de la sérénité, Derain revient à des formes plus classiques. Mais la liberté que le fauvisme a proclamée — la couleur autonome, indépendante de toute fonction descriptive — est définitivement acquise. Kandinsky, qui découvre les Fauves à Munich, reconnaît dans leurs œuvres la confirmation de ses propres intuitions sur la résonance spirituelle des couleurs. Sans le fauvisme, ni l'expressionnisme allemand ni l'abstraction lyrique ne seraient ce qu'ils sont.

Les Peintres du Fauvisme

Les artistes majeurs qui ont incarné ce mouvement.