Qu'est-ce que Expressionnisme ?

L'expressionnisme est l'un des mouvements artistiques les plus puissants et les plus importants du XXe siècle. Né principalement en Allemagne et en Autriche dans les premières décennies du siècle, il repose sur la conviction que le rôle de l'art n'est pas de représenter la réalité visible mais d'exprimer les états intérieurs de l'artiste — ses émotions, ses angoisses, ses visions — avec une intensité et une sincérité qui renversent si nécessaire toutes les conventions formelles héritées. Couleurs criardes, formes déformées, compositions instables, traits épais et violents : dans l'expressionnisme, toute la grammaire visuelle est mise au service d'une révélation psychologique et spirituelle qui peut aller jusqu'au cri.

Contexte et sources

L'expressionnisme naît dans l'Allemagne de Guillaume II, société en pleine modernisation industrielle, traversée par des tensions sociales et politiques profondes, et nourrie par une tradition philosophique — Nietzsche, Schopenhauer — qui valorise la volonté, la subjectivité et la vie intérieure. Les modèles que les expressionnistes revendiquent sont significatifs : Van Gogh, Gauguin, Munch et El Greco — c'est-à-dire des artistes qui ont déjà rompu avec la représentation naturaliste au profit de l'intensité expressive.

Edvard Munch (1863–1944), bien que norvégien et actif dès les années 1890, est souvent considéré comme le précurseur direct de l'expressionnisme allemand. Son Cri (1893), avec sa figure angoissée sur un pont sous un ciel qui semble se tordre en flammes, pose les bases d'un art qui donne une forme visuelle à l'expérience psychologique intérieure la plus extrême.

Die Brücke : le premier groupe expressionniste

En 1905, à Dresde, quatre étudiants en architecture — Ernst Ludwig Kirchner (1880–1938), Fritz Bleyl (1880–1966), Erich Heckel (1883–1970) et Karl Schmidt-Rottluff (1884–1976) — fondent le groupe Die Brücke (Le Pont), dont le nom exprime la volonté de construire un pont vers un art nouveau, libéré des académismes. Ils seront rejoints plus tard par Emil Nolde et Max Pechstein.

Die Brücke développe un style caractérisé par des couleurs violentes et non naturalistes posées en aplats, des formes anguleuses et déformées héritées en partie de la gravure sur bois médiévale (qu'ils pratiquent eux-mêmes), et une représentation brutale de la réalité urbaine et humaine — corps nus dans des paysages, scènes de rue berlinoises, figures dansant dans une fièvre qui oscille entre la joie et l'angoisse. Kirchner, le plus doué du groupe, représente Berlin avec une acuité et une modernité saisissantes — ses rues encombrées de prostituées et d'hommes en chapeau haut-de-forme semblent hantées par une aliénation moderne qui préfigure celle du XXe siècle.

Der Blaue Reiter : l'expressionnisme spirituel

En 1911, à Munich, Wassily Kandinsky (1866–1944) et Franz Marc (1880–1916) fondent le groupe Der Blaue Reiter (Le Cavalier bleu), dont l'almanach publié en 1912 est l'un des documents les plus importants de l'art moderne. Contrairement à Die Brücke, dont l'expressionnisme est social et urbain, Der Blaue Reiter développe un expressionnisme spirituel et cosmique : l'art doit exprimer la « nécessité intérieure » (Kandinsky) — la résonance spirituelle des couleurs et des formes — et non la réalité extérieure.

Kandinsky pousse cette conviction jusqu'à l'abstraction totale, devenant l'un des pères de l'art abstrait. Franz Marc représente des animaux — cerfs, chevaux, renards — dans des compositions colorées d'une intensité et d'une beauté extraordinaires, cherchant dans l'animal une pureté spirituelle que l'humain aurait perdue. August Macke (1887–1914), dont les tableaux lumineux de marchés et de jardins constituent l'expression la plus heureuse et la plus sereine de l'expressionnisme du Blaue Reiter, meurt au front en septembre 1914 à l'âge de vingt-sept ans. Marc meurt lui aussi pendant la guerre, à Verdun, en 1916.

L'expressionnisme autrichien

En Autriche, l'expressionnisme prend un tour encore plus intense et plus psychologiquement chargé. Egon Schiele (1890–1918), élève de Klimt, développe un style d'une crudité et d'une intensité qui n'ont aucun équivalent : ses figures tordues, aux membres décharnés et aux regards hallucinés, représentent la fragilité et l'angoisse du corps humain avec une franchise qui choqua profondément ses contemporains. Il meurt de la grippe espagnole à vingt-huit ans. Oskar Kokoschka (1886–1980) développe un expressionnisme psychologique dans ses portraits, dont les visages semblent écorchés de l'intérieur.

La fin et la survivance

La prise du pouvoir par les nazis en 1933 marque la fin brutale de l'expressionnisme en Allemagne : le mouvement est officiellement condamné comme « art dégénéré » (entartete Kunst), ses œuvres sont retirées des musées et certains de ses représentants sont contraints à l'exil ou au silence. L'infâme exposition Entartete Kunst de 1937 à Munich, qui rassemble des centaines d'œuvres expressionnistes pour les soumettre à la dérision du public, réunit paradoxalement — en les condamnant — quelques-uns des chefs-d'œuvre les plus importants de l'art du XXe siècle.

Mais l'influence de l'expressionnisme survit à cette répression et s'étend bien au-delà de l'Allemagne : l'expressionnisme abstrait américain des années 1940–1950 (Pollock, de Kooning, Rothko) en est l'héritier direct, et la tradition expressionniste innerve toujours une grande partie de la création contemporaine.

Les Peintres du Expressionnisme

Les artistes majeurs qui ont incarné ce mouvement.